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Screen Fade: Exhibition view at Blouin|Division gallery, Montreal, 2021 Photo: Simon Belleau

Screen Fade

Mathieu Grenier’s new exhibition examines the apparatus of image-making, drawing unlikely parallels between cyanotypes, with their rudimentary single exposures, and contemporary screens, with their endless available content. The works explore the rapport that humans have with electronic displays, and reconfigures the relationship by focusing on the experience of forms and the physical implications of our interaction with these objects.

The pieces presented in Screen Fade* stem from Grenier’s residency at the NARS Foundation (Brooklyn, New York) in the fall of 2020, and from the discovery of a small TV repair shop a few blocks from his studio named Rafi’s TV. There, the artist sourced a series of discarded monitors, repurposing them into what would become the two bodies of work exhibited here: The Monitors and Crystal Gazer.

In The Monitors series, Grenier continues his exploration of the cyanotype, an early photographic process characterized by images in a range of cyan blues. Cyanotypes were adopted by the pioneering Anna Atkins, widely considered to be the first female photographer, and whose groundbreaking image-making process changed the history of photography. Also known as a blueprint, this technique was used by architects who found in this method a more efficient way to copy architectural plans. While Atkins used the technique to illustrate and inventory botanical samples, Grenier has chosen to capture the debris of dismantled monitors. As a result of this process, organic elements – wrinkles that appear as trails in a landscape, and different shades of blue caused by the amount of light or wind during the exposure process – make subtle apparitions among the pieces of hardware, offering the viewer a sensorial experience whereby the objects dissolve into a meditation on form and texture. The screens that once projected an endless, luminous stream of data are immortalized here as static reflections.

For Grenier, the fact that we stare at artificial light sources directly, almost without pause, raises questions about our screen-addled brains. His concerns about the way our anatomies change while interacting with different devices deepen an inquiry into the physicality involved in the act of seeing - think slouched shoulders, potbelly, body aches and pains, headaches, etc.

“Memory loss” and “a blurred sense of identity” are just two of numerous symptoms legible on the frame that bisects the gallery space. The use of metal structures and benches in Grenier’s installation recalls his solo exhibition “Sans Filtre”, (Plein Sud, 2019), in which the frames, “emancipated” from the images, existed as individual sculptures that interacted as the viewer changed position. In Screen Fade, the metal frame exists as a viewfinder for the body, offering an architectural space to create new, anatomical relations with the works, while extending the boundaries of a visual language.

Alongside the frame and bench are the Crystal Gazer series. Also derived from the debris of monitors, these digital collages printed on LCD screens combine pixelated forms, computer windows, and black and white images belonging to a personal photographic archive Grenier has collected for several years. Among those images we recognize piles of old Blackberry smartphones, images of bones found in the grass, and even dead animals – all portraits of decay.

While the landscape that Grenier's work depicts here focuses on ways of seeing, it also speaks to a loss of vision. Crystal Gazer #3 features descriptions of Eyestrain – a modern condition stemming from prolonged periods spent in front of screens or other displays with continuous light sources. The piece invites us to think about visual and technological consumption, presence and absence, blurred mental processes, fragmentation of information and experiences, and loss of perspective.

Though Screen Fade is a technical term used to describe a failing display, Grenier assigns it broader meaning, associating it with the passage of time, deterioration of our bodies, and the abrasive effect of our hyperconnected routines.

Grenier deconstructs and reconfigures these electronic displays and how we see them; he rescues formal aspects related to the architecture of the image, and traces parallels between the idea of collage as an unresolved element and today's fragmented experience of screen life.

*The term Screen Fade is used for describing the partial or total disfigurement of a CRT (cathode ray tube) computer display, often caused by the increasing, non-uniform use of the pixels. Paradoxically, this is called “image persistence” in LCD´s (liquid-crystal displays).

Elisa Gutierrez Eriksen

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Screen Fade

Dans sa nouvelle exposition, Mathieu Grenier examine le mécanisme de fabrication des images en établissant des parallèles improbables entre les cyanotypes, dont la technique repose sur des expositions uniques rudimentaires, et les moniteurs LCD où défile du contenu disponible à l’infini. Les œuvres explorent le rapport que l’humain entretient avec les appareils électroniques. L’artiste reconfigure cette relation en se concentrant sur l’expérience des formes ainsi que sur notre rapport physique avec ces objets technologiques.

Les pièces présentées dans Screen Fade* sont issues d’une résidence effectuée par Grenier à la NARS Foundation (Brooklyn, New York) à l’automne 2020 et de la découverte de Rafi’s TV, un modeste magasin de réparation de téléviseurs situé à quelques coins de rue de son atelier. Il y a trouvé un ensemble de moniteurs qui allaient être jetés et les a réutilisés pour créer ce qui allait devenir les deux corpus d’œuvres exposés ici : The Monitors et Crystal Gazer.

Avec la série The Monitors, l’artiste continue son exploration du cyanotype, cet ancien procédé photographique caractérisé par des images aux tons de bleu cyan. Le cyanotype, dont le procédé a marqué l’histoire de la photographie, a d’abord été adapté par la pionnière Anna Atkins, considérée comme la première femme photographe. Aussi connue sous le nom de blueprint, cette technique a longtemps été utilisée en architecture car elle s’est révélée plus efficace pour copier des plans. Alors qu’Atkins utilisait le cyanotype pour illustrer et inventorier des échantillons botaniques, Grenier l’utilise pour capter les débris des moniteurs démontés. Résultants de ce procédé, des éléments organiques – des plis qui apparaissent comme les sentiers d’un paysage, différentes nuances de bleu causées par la quantité de lumière ou de vent présente durant le processus d’exposition – font de subtiles apparitions parmi les pièces de matériel informatique, offrant au visiteur une expérience sensorielle dans laquelle les objets se dissolvent en une méditation sur la forme et la texture. Les écrans qui ont jadis produit un flot lumineux et continu de données sont désormais figés, déconstruits en des représentations statiques.

La cyberdépendance nous pousse à fixer presque sans arrêt des écrans qui sont des sources de lumière artificielle. Ici, l’artiste se préoccupe de la façon dont notre anatomie change en interagissant avec différents appareils. Approfondissant un questionnement sur l’implication physique liée à l’acte de voir : épaules affaissées, ventre arrondi, douleurs corporelles, maux de tête, etc.

« Perte de mémoire » et « sentiment d’identité flou » ne sont que deux des nombreux symptômes lisibles sur les cadres qui scindent l’espace de la galerie en deux. L’utilisation de bancs et de structures de métal dans l’installation de Grenier rappelle son exposition solo Sans Filtre (Plein Sud, 2019). Les cadres, alors « émancipés » des images, existent comme des sculptures individuelles qui interagissent avec le visiteur dans ses mouvements. Dans Screen Fade, le cadre de métal agit comme un appareil optique pour le corps, offrant un nouvel espace architectural pour créer une relation anatomique inédite avec les œuvres, tout en élargissant les frontières du langage visuel.

La série Crystal Gazer est constituée d’œuvres créées à partir d’écrans LCD dénudées de leur appareillage électronique. Ces collages numériques imprimés directement sur des écrans LCD combinent des formes pixellisées, des fenêtres d’ordinateur ainsi que des images en noir et blanc appartenant à une archive photographique personnelle que Grenier collecte depuis plusieurs années. Parmi ces images nous reconnaissons des amas de téléphone cellulaires Blackberry™ obsolètes, des images d’animaux morts, d’os trouvés dans le gazon, soit diverses représentations de la décomposition.

Si le paysage que l’œuvre de Grenier dépeint met l’accent sur les façons de regarder, il parle aussi de la perte de vision. Crystal Gazer #3 inclut une description de la fatigue oculaire : une condition moderne survenant après de longues périodes passées devant un écran ou un autre appareil qui produit une source lumineuse continue. La pièce nous invite à réfléchir à la consommation visuelle et technologique, à la présence et à l’absence, aux processus mentaux flous, à la fragmentation de l’information, des expériences, et à la perte de perspective.

Bien que Screen Fade soit un terme technique utilisé pour décrire un écran défaillant, Grenier lui attribue un sens plus large en l’associant au passage du temps, à la détérioration des corps et à la routine délétère dans lesquelles nos vies hyperconnectées nous confinent.

Grenier déconstruit et reconfigure des appareils électroniques afin d’en renouveler notre perception; il récupère des aspects formels relevant de l’architecture de l’image et trace des parallèles entre l’idée du collage comme élément irrésolu et l’expérience fragmentée de la vie d’aujourd’hui passée devant un écran.

* Le terme Screen Fade est utilisé pour décrire la dégradation partielle ou totale du CRT (tube cathodique) d’un appareil informatique souvent causée par l’utilisation non uniforme des pixels. Paradoxalement, ceci est appelé la « persistance de l’image » dans les LCD (écrans à cristaux liquides).

Elisa Gutierrez Eriksen